Endométriose et charge mentale : gérer l’impact psychologique

L’endométriose peut peser sur le quotidien et la santé mentale. Découvrez pourquoi elle augmente la charge mentale et comment l’alléger.

ENDOMÉTRIOSE

Céline Maclin

9/21/20268 min read

Endométriose et charge mentale : gérer l’impact psychologique au quotidien

Vivre avec l’endométriose ne signifie pas seulement composer avec des douleurs. Lorsque la maladie devient chronique, elle peut demander une attention constante : anticiper les symptômes, organiser ses journées en fonction de son niveau d’énergie, gérer les rendez-vous médicaux, adapter ses activités ou encore expliquer son état à son entourage.

Cette gestion permanente peut progressivement devenir une véritable charge mentale.

À cela peuvent s’ajouter la fatigue, les difficultés professionnelles, les répercussions sur la vie sociale ou intime et parfois les inquiétudes liées à la fertilité. L’endométriose peut ainsi avoir des conséquences importantes sur la qualité de vie et le bien-être psychologique.

Alors, comment comprendre cette charge mentale et surtout, comment apprendre à l’alléger au quotidien ?

Endométriose : une maladie qui mobilise aussi le mental

L’endométriose est une maladie gynécologique inflammatoire chronique qui concerne environ une personne sur dix en âge de procréer. Ses manifestations sont variables d’une personne à l’autre : douleurs menstruelles importantes, douleurs pelviennes, douleurs pendant les rapports, troubles digestifs ou urinaires, fatigue ou encore difficultés liées à la fertilité peuvent notamment être présents.

Lorsque les symptômes sont imprévisibles ou fluctuants, il faut parfois constamment adapter son quotidien.

Une journée peut commencer par une question : « Comment vais-je me sentir aujourd’hui ? »

Puis viennent d’autres préoccupations :

  • Est-ce que je vais réussir à travailler normalement ?

  • Est-ce que je vais avoir suffisamment d’énergie ce soir ?

  • Est-ce que je peux accepter cette sortie ?

  • Dois-je prévoir des médicaments avec moi ?

  • Vais-je devoir annuler mon rendez-vous ?

  • Comment expliquer une nouvelle fois que je ne vais pas bien alors que cela ne se voit pas ?

Cette anticipation permanente peut être épuisante.

La charge mentale liée à l’endométriose ne correspond donc pas simplement au fait de « trop penser ». Elle peut être liée à la nécessité de gérer en permanence les conséquences d’une maladie chronique sur sa vie quotidienne.

Pourquoi l’endométriose peut-elle augmenter la charge mentale ?

Anticiper les douleurs et les symptômes

Lorsque les douleurs peuvent apparaître ou s’intensifier à certains moments, il est naturel de chercher à les anticiper.

Certaines personnes finissent par organiser une partie de leur quotidien autour de la possibilité d’avoir mal : prévoir davantage de temps pour certaines activités, éviter certaines situations ou réfléchir à ce qu’elles pourront faire en fonction de leur état.

Cette vigilance peut donner l’impression de ne jamais pouvoir complètement relâcher son attention.

La douleur chronique peut également avoir un retentissement important sur la qualité de vie. Dans l’endométriose, les douleurs peuvent être liées notamment au processus inflammatoire et à l’irritation de terminaisons nerveuses.

Adapter constamment son quotidien

Avec une maladie chronique, les capacités ne sont pas nécessairement identiques d’un jour à l’autre.

Une activité réalisée facilement la semaine précédente peut devenir difficile aujourd’hui.

Il faut alors modifier ses projets, repousser certaines tâches ou renoncer à une activité prévue.

Cette adaptation permanente demande de prendre de nombreuses décisions, parfois pour des choses qui semblaient auparavant aller de soi.

Que puis-je faire aujourd’hui ? Que dois-je reporter ? De quoi ai-je besoin pour tenir ma journée ?

À force, ces petits arbitrages peuvent représenter une importante dépense d’énergie mentale.

Gérer l’incompréhension de l’entourage

L’endométriose est une maladie qui peut être invisible.

Une personne peut sembler aller bien tout en ressentant des douleurs importantes ou une grande fatigue.

Cette invisibilité peut rendre certaines situations particulièrement difficiles. Il faut parfois expliquer ses symptômes, justifier une absence ou faire comprendre que l’annulation d’une activité n’est pas un manque d’envie.

L’Organisation mondiale de la Santé souligne d’ailleurs que la stigmatisation et la banalisation des douleurs menstruelles peuvent avoir des conséquences négatives sur la santé mentale et le bien-être des personnes concernées.

Concilier maladie, travail et vie personnelle

L’endométriose peut également demander de jongler entre plusieurs domaines de vie : travail, famille, couple, vie sociale, rendez-vous médicaux et soins.

Lorsque les douleurs ou la fatigue prennent davantage de place, certaines personnes peuvent avoir le sentiment de ne plus réussir à répondre à toutes leurs obligations comme elles le souhaiteraient.

Cette situation peut générer frustration, culpabilité ou sentiment d’échec.

Pourtant, avoir besoin d’adapter son rythme n’est pas un manque de volonté.

Quand la charge mentale devient-elle épuisante ?

La charge mentale devient particulièrement difficile lorsqu’elle laisse peu de place au repos psychologique.

On peut avoir l’impression que la maladie est constamment présente, même lorsqu’on ne ressent pas de douleur à cet instant.

Quelques signes peuvent notamment traduire une fatigue psychologique :

  • penser très souvent à ses symptômes ou à la prochaine crise ;

  • avoir du mal à profiter d’un moment sans anticiper ce qui pourrait arriver ;

  • ressentir une fatigue qui n’est pas uniquement physique ;

  • avoir davantage de difficultés à se concentrer ;

  • se sentir irritable ou à fleur de peau ;

  • culpabiliser lorsqu’on doit ralentir ou annuler une activité ;

  • avoir le sentiment de devoir toujours « gérer » ;

  • réduire progressivement les activités qui procurent du plaisir.

Ces réactions ne signifient pas nécessairement qu’un trouble psychologique est présent. Elles peuvent aussi être le signe qu’une personne est fatiguée de devoir constamment composer avec sa maladie.

L’Assurance Maladie rappelle d’ailleurs que les douleurs répétées ou chroniques peuvent générer une fatigue durable et que l’endométriose peut avoir des répercussions psychologiques lorsque la qualité de vie est altérée.

Comment alléger la charge mentale liée à l’endométriose ?

Il n’existe pas une méthode unique qui convienne à toutes les personnes vivant avec une endométriose. L’objectif peut plutôt être de chercher progressivement des moyens de réduire ce qui pèse inutilement au quotidien.

Accepter que tous les jours ne se ressemblent pas

L’un des pièges peut être de comparer constamment ses capacités actuelles avec celles d’avant la maladie.

Or, vouloir fonctionner exactement comme avant peut demander beaucoup d’énergie.

Accepter que certaines journées soient plus difficiles ne signifie pas renoncer à ses projets. Cela peut simplement permettre d’adapter ses attentes à son état du moment.

Plutôt que de se demander : " Pourquoi je n’arrive plus à faire comme avant ? " , il peut être plus utile de se demander : « De quoi ai-je besoin aujourd’hui ? »

Cette différence de regard peut permettre de sortir progressivement d’une logique de culpabilité.

Distinguer ce qui dépend de soi de ce qui ne dépend pas de soi

Vivre avec une maladie chronique implique de faire face à de nombreuses incertitudes.

Certaines choses peuvent être anticipées ou organisées. D’autres ne peuvent pas être contrôlées.

Faire cette distinction peut aider à éviter de consacrer une énergie considérable à ce qui échappe à son contrôle.

Par exemple, il est possible de préparer une journée de manière réaliste. En revanche, il n’est pas toujours possible de savoir exactement comment les symptômes évolueront.

Tout prévoir n’est pas toujours possible.

Et accepter cette part d’incertitude peut aussi être une manière de préserver son énergie mentale.

Sortir du « je dois tout gérer seule »

Demander de l’aide peut être difficile, notamment lorsque l’on a longtemps eu l’habitude de prendre soin des autres.

Pourtant, alléger sa charge mentale peut aussi passer par le fait de partager certaines responsabilités.

Cela peut concerner les tâches quotidiennes, l’organisation familiale, les déplacements ou simplement le fait de pouvoir parler de ce que l’on vit avec une personne de confiance.

Demander de l’aide ne signifie pas être incapable de faire face.

Cela signifie parfois simplement ne pas avoir à tout porter seule.

Apprendre à écouter ses besoins sans culpabiliser

La culpabilité peut rapidement s'installer lorsqu’une personne doit régulièrement ralentir, se reposer ou modifier ses projets.

Pourtant, se reposer lorsque son corps en a besoin n’est pas du temps perdu.

Il peut être utile d’apprendre progressivement à identifier ses limites avant d’atteindre l’épuisement.

Cela demande parfois de réinterroger certaines croyances : « Je dois être productive. » « Je devrais pouvoir y arriver. » « Les autres font bien plus que moi. » « Ce n’est pas une raison suffisante pour annuler. »

Ces pensées peuvent renforcer la pression que l’on s’impose.

Apprendre à prendre en compte ses besoins peut au contraire permettre de retrouver une relation plus apaisée avec son corps.

Préserver des espaces où la maladie n’occupe pas toute la place

Lorsque les rendez-vous médicaux, les douleurs, les traitements et les adaptations rythment le quotidien, la maladie peut progressivement devenir très présente dans la vie.

Il est alors important de conserver, lorsque cela est possible, des espaces qui ne sont pas consacrés à l’endométriose.

Lire, écouter de la musique, passer du temps avec ses proches, pratiquer une activité adaptée à ses possibilités ou simplement profiter d’un moment agréable peuvent permettre de se rappeler que l’on est une personne avant d’être une personne malade.

Il ne s’agit pas de nier la maladie.

Il s’agit de lui éviter de prendre toute la place.

Endométriose et santé mentale : pourquoi demander de l’aide peut être important

La prise en charge de l’endométriose ne se limite pas nécessairement au traitement des symptômes physiques.

Les recommandations européennes ESHRE indiquent que les professionnels doivent notamment prendre en compte la qualité de vie et le bien-être psychologique des personnes vivant avec l’endométriose. Elles soulignent cependant qu’il n’existe pas suffisamment de preuves pour recommander une intervention psychologique spécifique comme traitement de la douleur ou de l’endométriose elle-même.

L’Assurance Maladie indique également qu’une aide psychologique peut être utile lorsque les douleurs ont des répercussions psychologiques et que la psychothérapie peut notamment contribuer à travailler sur l’anxiété, le stress et les répercussions psychologiques de la maladie.

Un accompagnement psychologique ne remplace donc pas le suivi médical de l’endométriose.

Il peut en revanche offrir un espace pour parler de ce que la maladie change dans sa vie : la relation au corps, la culpabilité, les limites, les relations avec les autres, les changements professionnels ou encore la difficulté à accepter un quotidien devenu différent.

À retenir

Vivre avec l’endométriose peut demander bien plus que de gérer des douleurs.

La personne doit parfois anticiper, organiser, expliquer, adapter et renoncer. Cette gestion permanente peut progressivement devenir une charge mentale importante.

Quelques pistes peuvent aider à l’alléger :

  • accepter que les capacités puissent varier d’un jour à l’autre ;

  • adapter ses attentes plutôt que de se comparer constamment à « avant » ;

  • distinguer ce qui dépend de soi de ce qui ne dépend pas de soi ;

  • accepter de demander de l’aide ;

  • apprendre à reconnaître ses besoins sans culpabiliser ;

  • conserver des espaces de vie qui ne soient pas uniquement centrés sur la maladie ;

  • demander un accompagnement lorsque le poids psychologique devient trop important.

Prendre soin de soi lorsque l’on vit avec une maladie chronique, ce n’est pas abandonner le reste de sa vie. C’est aussi chercher les conditions qui permettent de continuer à la vivre autrement.

FAQ

L’endométriose peut-elle provoquer une fatigue psychologique ?

L’endométriose peut avoir des répercussions importantes sur la qualité de vie. Les douleurs répétées ou chroniques peuvent notamment entraîner une fatigue durable et les difficultés liées à la maladie peuvent avoir des conséquences sur le bien-être psychologique.

Comment réduire la charge mentale quand on souffre d’endométriose ?

Il peut être utile de revoir ses attentes, d’adapter son quotidien à son niveau d’énergie, de demander de l’aide et de distinguer ce qui peut être contrôlé de ce qui ne peut pas l’être. Un accompagnement professionnel peut également aider lorsque la charge psychologique devient trop importante.

Pourquoi l’endométriose peut-elle avoir un impact sur la vie sociale ?

Les douleurs, la fatigue et le caractère imprévisible des symptômes peuvent conduire à modifier ou annuler certaines activités. L’incompréhension liée au caractère invisible de la maladie peut également compliquer les relations avec l’entourage.

Quand demander une aide psychologique avec une endométriose ?

Il peut être pertinent de demander de l’aide lorsque la maladie prend une place importante dans les pensées et le quotidien, lorsque la fatigue psychologique devient difficile à supporter ou lorsque l’on se sent isolée, culpabilisée ou dépassée par la situation. Cet accompagnement vient en complément du suivi médical de l’endométriose.

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